
Le premier semestre 2026 aura été marqué par un événement géopolitique majeur : la fermeture du détroit d'Ormuz, point de passage d'environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole, à la suite du conflit entre les États-Unis et l'Iran. Trois mois de tensions, un pic du baril de Brent à 126 dollars fin avril, puis un protocole d'accord annoncé le 15 juin entre Washington et Téhéran : voilà pour la trame géopolitique. Au-delà de l'actualité, cet évènement nous permet d’appréhender la façon dont l'économie mondiale réagit aux chocs, et sur les répercussions sur les marchés financiers.
Contrairement aux chocs pétroliers historiques, celui-ci n'a pas entamé de façon significative la croissance mondiale. Plusieurs explications à cela. D'abord, l'intensité énergétique des économies développées a baissé de 26% depuis 2000, ce qui réduit mécaniquement la sensibilité du PIB mondial aux variations du prix du baril. Ensuite, les entreprises avaient tiré les leçons de la pandémie : diversification des fournisseurs, constitution de stocks tampons et redéploiement des routes logistiques (cap de Bonne-Espérance, canal de Panama), ce qui a permis de limiter les conséquences, à l'exception notable du Moyen-Orient lui-même, où la production industrielle a chuté de 44% depuis février.
Cette capacité d'adaptation ne doit cependant pas masquer une réalité plus nuancée : ce choc a impacté les capacités de production. Or, un arrêt de production a des effets récessifs plus durables et plus profonds qu'une simple hausse des prix. La reconstruction des sites détruits prendra du temps, et les surcoûts d'approvisionnement pourraient perdurer au-delà de 2027.
Sur le plan des grands équilibres, le scénario central table désormais sur une croissance du PIB mondial de l'ordre de 2,3% en 2026 (1,9% aux États-Unis, seulement 0,5% en zone euro), avec une inflation qui devrait refluer progressivement sans toutefois revenir durablement sous les objectifs des banques centrales. L'Europe apparaît structurellement plus fragile dans cette équation : demande intérieure atone, forte exposition au commerce mondial, sensibilité accrue aux prix de l'énergie et retard relatif dans les investissements liés à l'intelligence artificielle et à la transition énergétique.
Le deuxième enseignement de ce premier semestre concerne le marché obligataire souverain. La plupart des rendements obligataires mondiaux ont atteint des niveaux plus vus depuis 2007-2008, une hausse qui touche l'ensemble des pays développés et toutes les maturités. Plusieurs facteurs se cumulent : une prime d'inflation qui reste élevée compte tenu des incertitudes géopolitiques, des besoins de financement importants liés aux investissements de souveraineté (technologie, énergie, défense), et une instabilité politique croissante en Europe, où plusieurs gouvernements peinent à maîtriser leurs trajectoires budgétaires.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les émetteurs souverains du G10 et la Chine ont levé plus de 500 milliards de dollars de dette sur le seul premier semestre 2026, un record historique. Aux États-Unis, le seul service de la dette représente désormais environ 4% du PIB, au même niveau que le budget de la défense. Cette tension entre des besoins d'investissement croissants – souveraineté technologique, vieillissement démographique, transition énergétique – et un coût du capital durablement élevé constitue, selon plusieurs économistes, le principal point de fragilité de la croissance mondiale à moyen terme.
L'un des enseignements les plus intéressants de cette crise concerne la manière dont les différentes classes de matières premières ont réagi, de façon très différenciée.
Le pétrole reste prisonnier de la géopolitique. Même après l'annonce de l'accord du 15 juin, le baril continue d'intégrer une prime de risque significative, le marché restant dominé par les questions de sécurité d'approvisionnement plutôt que par le seul équilibre offre-demande. Cette situation est d'autant plus sensible que les coussins de sécurité traditionnels se sont réduits : la réserve stratégique américaine est tombée à son plus bas niveau depuis plusieurs décennies, et les stocks commerciaux se sont fortement contractés depuis le début du conflit. Le pétrole est ainsi devenu, davantage qu'un actif d'équilibre entre offre et demande, un véritable baromètre de la continuité logistique mondiale.
Les métaux industriels obéissent à une autre dynamique. Certes, ils ne sont pas exempts de tensions géopolitiques – restrictions chinoises sur certaines exportations stratégiques, volonté croissante des États de sécuriser leurs approvisionnements –, mais leurs déterminants restent avant tout liés à la transformation structurelle de l'économie mondiale : électrification, essor de l'intelligence artificielle, réindustrialisation, dépenses de défense. Le cuivre illustre parfaitement cette divergence : alors que le pétrole a connu d'importantes fluctuations, le prix du cuivre s'est maintenu dans une fourchette relativement stable, porté par des perspectives de demande structurellement haussières liées à la transition énergétique.
L'agriculture, enfin, devient une variable de plus en plus imbriquée dans les chaînes industrielles. Les stocks mondiaux de céréales demeurent confortables et le risque de pénurie alimentaire reste limité. Mais la crise a révélé une interdépendance croissante entre énergie, agriculture et métaux industriels à travers des intrants communs, comme le gaz naturel pour les engrais azotés ou l'acide sulfurique pour le traitement du cuivre et du nickel. Les marchés de matières premières ne peuvent donc plus être analysés de manière cloisonnée : une tension sur un segment peut désormais se propager rapidement à d'autres secteurs.
Le premier semestre 2026 a été marqué par une poursuite du rebond des marchés actions, essentiellement tirés par la thématique de l'intelligence artificielle. L'indice américain S&P 500 a enchaîné les records, porté par d'excellents résultats d'entreprises technologiques et par l'engouement suscité par plusieurs introductions en bourse d'envergure. Les marchés émergents ont également surperformé, une performance qui s'explique moins par les moteurs traditionnels (dollar faible, baisse des taux) que par le poids croissant de quelques valeurs technologiques asiatiques.
Cette dynamique s'accompagne toutefois d'une concentration de plus en plus marquée : seule une minorité d'entreprises a réellement surperformé les indices depuis le printemps, le secteur technologique ayant contribué à lui seul à la quasi-totalité de la performance des grands indices mondiaux. Le cycle d'investissement dans les infrastructures d'intelligence artificielle demeure particulièrement fort, avec des dépenses des grands acteurs du cloud en hausse de plus de 75% sur un an. Des interrogations légitimes commencent d’ailleurs à émerger sur les niveaux de valorisation atteints par certains titres.
En Europe, la performance a été plus modeste, freinée par une exposition technologique plus faible et par l'impact de la hausse des prix de l'énergie sur les coûts de production. La zone bénéficie néanmoins de valorisations plus proches de leurs moyennes historiques, notamment dans le secteur bancaire, et pourrait profiter à court terme de la détente des prix pétroliers. Sur les marchés émergents, le biais technologique est désormais comparable à celui des marchés développés, mais avec des niveaux de valorisation qui restent sensiblement inférieurs.
Dans l'ensemble, l’environnement semble positif pour les marchés actions, porté par la perspective d'une inflation en reflux et d'un possible rebond de la consommation, notamment en Europe. Mais la prudence est de mise face à une concentration sectorielle inédite et à des niveaux de valorisation, dans certains secteurs, qui commencent à susciter de réelles interrogations chez les investisseurs.
Baussant Conseil est un cabinet indépendant de conseil en gestion de patrimoine créé en 2002, éthique et responsable et basé sur deux localisations : Saint-Germain-en-Laye (Ile-de-France) et La Chapelle d’Armentières (Lille, Hauts-de-France). Notre expertise s’étend également à l’ensemble du territoire national grâce à notre offre « Baussant Conseil à distance », conçue pour accompagner nos clients, où qu’ils se trouvent en France, avec la même rigueur et la même proximité.
Notre objectif est d’accompagner nos clients dans la durée pour la gestion et le suivi de leur patrimoine. Nous faisons partie depuis 2018 du collectif 1% pour la Planète, nous nous engageons ainsi à reverser 1% de notre chiffre d’affaires à des associations environnementales.
Vous pouvez retrouver toutes nos coordonnées ici : https://www.baussantconseil.com/contact/
Cet article a une vocation purement informative et pédagogique. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation, et ne saurait engager la responsabilité de Baussant Conseil. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
