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Interview de Didier Michaud-Daniel, DG de Bureau Veritas


Didier Michaud-Daniel est le directeur général de l’entreprise Bureau Veritas. Il a été le dirigeant d’OTIS Elevator Company, et a ainsi rejoint le cercle très fermé des français ayant dirigé une grande entreprise américaine. Il est Chevalier de la Légion d’Honneur. Il revient ici sur son parcours, entre simplicité et passion. 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer quelle carrière vous avez eue avant de prendre la direction de l’entreprise Bureau Veritas ?

Fraichement diplômé de Sup de Co Poitiers, je tombe sur une offre d’emploi parue dans le journal La Montagne, « entreprise internationale recherche ingénieur commercial service pour Clermont-Ferrand ». Je réponds à cette offre et je rentre chez Otis, à 22 ans. Au bout de 3 ans, je deviens chef de promotion des ventes à Paris. A 28 ans, on me propose de prendre la direction régionale de la Normandie pour manager 700 personnes. La région Normandie à cette époque était dernière en terme de chiffres pour la France, et au bout de 2 ans, elle devient première. Après plusieurs postes chez Otis France, on me propose à 40 ans de prendre la direction de l’Angleterre et l’Irlande. A l’époque mon anglais était fragile, j’ai pris un risque important. Au bout de 2 ans, cette zone qui perdait de l’argent redevient très profitable. On élargit mon périmètre, en rajoutant l’Allemagne et les pays de l’Est. Jusqu’au jour où, à 50 ans, le président du groupe UTC (groupe dont fait partie Otis), me propose la présidence d’OTIS Monde. Le siège d’OTIS Elevator Company est basé aux Etats-Unis, à Hartford. J’ai exercé cette fonction pendant 5 ans. J’ai eu la chance d’avoir chez OTIS des patrons qui ont cru en moi très tôt.

Vous avez dirigé une société américaine, OTIS Elevator Company, ce qui est exceptionnel pour un français. Pouvez-vous partager avec nous votre expérience ?

L’arrivée aux Etats-Unis n’a pas été facile, car dans le groupe UTC j’étais le seul dirigeant non-américain. Les français sont généralement perçus comme assez arrogants, alors je suis resté très low profile. La vie à ce poste a été passionnante et inouïe. Je dirigeais 68 000 personnes dans le monde et je gérais 12 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Je voyageais en jet privé, en hélicoptère. Ceci dit, je passais 220 jours par an en-dehors de chez moi, avec un nombre de déplacements considérable et des décalages horaires incessants. Après 5 ans passés à vivre à ce rythme effréné, je me suis dit qu’il n’était pas raisonnable physiquement de vivre à cette cadence plus longtemps et j’ai accepté l’offre que m’a faite Bureau Veritas. Les Etats-Unis restent ceci dit mon pays de cœur.

Dans quel contexte a eu lieu votre arrivée chez Bureau Veritas ?

J’ai accepté de prendre la direction de Bureau Veritas pour deux raisons principales : d’une part pour l’aspect international qu’il fallait développer, et d’autre part, je me suis dit que rentrer en France, et rendre à mon pays ce qu’il m’avait donné, avait du sens. A mon arrivée, Bureau Veritas comptait 45 000 salariés, elle en compte aujourd’hui 76 000.

Quelles qualités faut-il avoir pour diriger une entreprise cotée en bourse ?

Je pense qu’il faut deux types de qualités : d’un côté une certaine intelligence rationnelle et cartésienne, pour piloter la stratégie, savoir organiser et mettre en place des process, et de l’autre une intelligence émotionnelle marquée : respecter les individus, les aimer, affectionner l’esprit d’équipe, le courage, l’envie de gagner.

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre quotidien ? A quelles difficultés devez-vous faire face ?

Ce qui m’amuse et m’enchante le plus c’est l’humain : travailler avec des gens que je vois grandir, que je respecte et que j’apprécie, me stimule énormément. Le fait d’avoir une vision, et d’arriver, avec les équipes, à la construire, un peu comme un architecte, me passionne. Ce que je trouve le plus difficile, c’est le risque d’avoir des salariés victimes d’accidents du travail, pour moi c’est le pire qui puisse arriver. Et évidemment, il vaut mieux gérer une entreprise en croissance et embaucher que l’inverse !

Quel regard portez-vous sur le monde de l’entreprise en France aujourd’hui ?

La France est malheureusement encore trop technocratique. La recherche du bien-être des salariés doit être LA priorité absolue du dirigeant, il faut mettre son égo de côté. En ce moment, je travaille sur la stratégie future de Bureau Veritas, et j’écoute des jeunes talents de plusieurs pays, avec une vraie mixité (l’inclusion est d’ailleurs une obsession pour moi). Les jeunes ont aujourd’hui une balance of life qui est différente, il faut accepter de moderniser l’entreprise et se remettre en question. C’est passionnant.

Interview réalisé par Pascale Baussant le 16 avril 2019.